Lamine, le leader d'une révolution

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L'oeuvre de TV BOY près de Gloriès, à Barcelone, à l'effigie de Lamine Yamal

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Pierre ARMAS

Publié le : 2025-03-22 12:56:44

La révolution est une notion qui, à l’étranger, est très souvent reliée au peuple français. Outre la Révolution française, la France est pour beaucoup d’entre-nous un pays qui a révolutionné le monde de la mode, de l’art ou encore du cinéma. Si l’on s’attarde sur le monde du football, les noms de grands joueurs français comme Platini, Kopa ou Zidane peuvent refaire surface. Ce dernier est, dans l’imaginaire de certains Français, le leader de la révolution “Black Blanc Beurre” qui agite les médias nationaux après la victoire des Bleus en 1998 contre le Brésil.

En 2025, il semblerait qu’un joueur de 17 ans, nommé Lamine Yamal, né d’un père marocain et d’une mère équato-guinéenne soit, à son tour, le leader d’une révolution baptisé “la révolution 304” (code postal du quartier où il a grandi). C’est la chaîne catalane TV3 qui, cette semaine, a baptisé ainsi le jeune crack de La Masia lors de la sortie de son documentaire “Revolució 304”.

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Amine Toumi (au milieu), Yolanda Sey (sur sa gauche), Tamara Ndong (à droite de Amine) et Wiz Problema (à côté de Tamara) lors de l'avant-première du documentaire à Mataró, près de Barcelone @diariosport

Le documentaire “Revolució 304” à retrouver ici

Durant un peu plus d’une heure, TV3 nous présente, en plus de Lamine Yamal, une actrice (Tamara Ndong), une chanteuse (Yolanda Sey), un comédien (Wiz Problema) et un professeur de langue et littérature (Amine Toumi). Tous et toutes prônent avec fierté leurs origines mais aussi leur attachement à la culture et à la langue catalane. Les acteurs de cette nouvelle “Révolution 304”, issus de l’immigration, représentent la nouvelle société catalane et donc par conséquent la nouvelle société espagnole.

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Iker Casillas soulève le trophée de champions du monde en 2010 à Johannesburg @gettyimages

Dans cette belle équipe de 2010, qui a marqué les esprits des espagnols lors de ce sacre en Afrique du Sud, aucun joueur n’était un enfant purement issu de l’immigration. Malgré ce constat, la diversité de cette équipe résidait dans le langage si varié et caractéristique des régions espagnoles. Le sacre de La Roja, lors du dernier Euro disputé en Allemagne, est un grand pas vers une équipe espagnole qui représente à la perfection une Espagne diversifiée et unie au dépend de la montée de l’extrême droite dans le pays ibérique.

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Alavaro Morata soulève le trophée de champions d'Europe en 2024 à Berlin @gettyimages

Un onze titulaire en finale de l’Euro formé par une charnière centrale avec deux défenseurs d’origine française : Robin Le Normand et Aymeric Laporte et une attaque avec deux joueurs comme Nico Williams et Lamine Yamal, d’origine marocaine et ghanéenne, nous montre la richesse culturel et ethnique trop souvent oublié d’un pays comme l’Espagne.

Les incidents au Bernabeu los du Clásico en octobre dernier

Cependant, nous nous rendons compte que malgré ce fait sociologique, footballistiquement parlant, dans la capitale espagnole par exemple, les injures racistes continuent pour les personnes racisées. Comme lors de ce match au Santiago Bernabeu du 26 octobre dernier, entre le Barça et le Real Madrid, où Lamine Yamal, d’un sourire nerveux, doit entendre des personnes, en âge de voter, le traiter de “sale arabe” ou de “Mena” (Mineur Étranger Non Accompagné) … Si l’on a l’habitude de dire que le football est un reflet de la société, cet exemple est la preuve que cette révolution doit être prise très au sérieux.

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Les crampons de Lamine Yamal @gettyimages

Le football reste un sujet de société et les footballeurs, malgré eux parfois, sont amenés à être plus que des footballeurs, surtout quand ils jouent avec leur équipe nationale. La nation et ses frontières font partie intégrante de notre attachement au sentiment identitaire. A ce sujet le numéro 19 explique que si son choix s’est tourné vers l’Espagne il n’oublie pas les deux drapeaux de ses origines qui l’accompagnent lors de chaque match de l’équipe d’Espagne.

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Les vestiaires de “La Roja” lors du match Espagne-Croatie en phase de groupe de l'Euro 2024 @gettyimages

Durant cette trêve internationale et en tenant compte de tout ce qui a été dit précédemment, il est impossible d’oublier ces mois de juin et juillet 2024. L’été 2024 pour le monde du football fut l’été où on a découvert l’existence de Lamine Yamal. Pour d’autres, qui ne suivent pas le football, ce sera l’été où les plages espagnoles se sont inondées de maillots floqués “Lamine Yamal”. Pour moi, franco-espagnol, né à Barcelone en tant que fils d’immigrés, cet été 2024 sera celui d’un gamin de quartier qui, à tout juste 17 ans, a réussi à crée, quoi qu’il arrive lors du mondial 2026 aux USA, un avant et un après dans mon pays de naissance. Le meilleur footballeur espagnol actuel est catalan, marocain, équato-guinéen, culé et a déjà l’impact social des plus grands.