UN AMOUR D’ÉTÉ POUR LA VIE
La passion qui habite Joan et Carme commence à l’été 1968, loin du football, près de la côte du “Maresme”. Elle, revient tout juste d’une année d’études aux États-Unis. Lui, vit avec sa mère et sa grand-mère dans le quartier des Corts. Tous les deux, se retrouvent depuis quelques années, déjà, dans les mêmes colonies de vacances et ont le pressentiment que cet été 1968 va changer leur vie.
Lors du mariage de sa future belle-sœur, Carme, alors âgée de 18 ans, se présente formellement à la famille de Joan. “Une famille très stricte et très religieuse”, selon Carme, qui reconnaît avoir été très nerveuse ce jour-là. Peut-être pas autant que Joan.
L’histoire de deux socios mariés depuis plus de 50 ans : “Le Barça a une dimension sociale qui va au-delà du football”.
REPORTAGES
Joan et Carme, 74 ans, chez eux dans la rue Joan Gamper située dans le quartier de Les Corts
Pierre ARMAS
Publié le : 2025-01-19 23:50:36
Joan, petit, avec un maillot du Barça
UN AMOUR POUR LE BARÇA DEPUIS PETITS
Avant ce coup de foudre, un autre amour voit le jour. Celui que portent Joan et Carme pour le Barça depuis leur plus tendre enfance. Cet amour va au-delà du simple sport et crée un voyage dans le passé…
Les deux socios ont encore en mémoire les particularités de l’ancien stade des Corts où familles et amis se rassemblent pour vivre un rendez-vous hebdomadaire. Un stade, avec des places non attribuées et même inoccupées, dans lequel les plus jeunes peuvent s’y rendre sans billet. Un stade autour duquel règne l’odeur du cigare et des saucisses… Le Barça des “cinco copas” (cinq trophées) mené par Kubala et Cesar reste le premier souvenir du couple de septuagénaires.
Dans le stade du “Club de Fútbol Barcelona”, inauguré en 1957 et appelé officiellement Camp Nou en 2001, Carme se rappelle des conversations permanentes autour du Balon d’Or 1960, Luis Suárez Miramontes. “Un joueur pour lequel le public se levait de son siège à chaque touché de balle”, insiste la supportrice.
Pour Joan, ce nouveau stade, concorde avec une époque où le foot devient un sujet secondaire. “À la mort de mon père en 1961, tout a perdu de son sens. Je ne voulais plus aller au stade, ni tout seul, ni avec mes cousins”, souffle l’intéressé qui adorait aller aux Corts avec celui qui lui a fait aimer le Barça.
Deux abonnements trimestriels au stade “Club de Fútbol Barcelona”
LE BARÇA COMME SYMBOLE D’UNION ET LIBERTÉ
Pour beaucoup, le mariage est la plus forte union qui puisse exister entre deux êtres humains. Joan et Carme sont mariés depuis plus de 50 ans. Après leurs noces, le Barça est devenu une partie intégrante de leur quotidien.
Carme commence alors à se rendre régulièrement au stade avec l’abonnement de sa belle-mère. Joan, lui, trouve enfin la personne parfaite pour l’accompagner au Camp Nou. Le slogan “més que un club” (plus qu’un club) est une raison fondamentale pour que le Barça ait cette place si importante dans leurs vies… Pour eux, le FC Barcelone symbolise l’équipe du peuple. L’équipe qui les représente. L’équipe qui répond surtout à une idée qu’ils défendront toujours : la fierté d’être catalan.
Le couple se souvient d’un Camp Nou qui était le seul endroit en Espagne où l’on pouvait parler le catalan de manière plus ou moins libre. “Être de l’Espanyol de Barcelone n’est pas la même chose. Ce club a été créé après et l’intitulé de son nom veut tout dire”, assure Joan.
Avec le Barça, le sentiment d’appartenance à la Catalogne commence avec Joan Gamper. Il demeure avec tous les joueurs formés dans la région. Des joueurs comme Ramallets, Reixach, Guardiola, Puyol, Xavi, Sergi Roberto, Cubarsí et beaucoup d’autres. Cette attache est aussi perçue chez les supporters qui revendiquent le fait de pouvoir choisir leur indépendance à la minute 17.14 de chaque match du Barça. Une revendication assumée à travers des chants de protestations, et accentuée après les incidents de 2017.
Ce sentiment est celui du Barça de Guardiola quand il danse une “sardana” (danse typique catalane) au milieu du terrain pour célébrer un titre. Celui de joueurs comme Leo Messi qui affirment que leurs enfants sont catalans. Celui d’un néerlandais nommé Johan Cruyff qui a laissé une empreinte indélébile tant avec son accent catalan si unique qu’avec tous les succès obtenus avec le FC. Barcelone. Ce sentiment est celui de la liberté.
Dans le cœur de tous les culés, on retrouve tous les titres et les succès accomplis en chemin. Dans celui de Joan et Carme il y a cette raison qui les unis un peu plus chaque jour et qui leur fait dire “ser del Barça es, el millor que hi ha” (“être pour le Barça est la meilleure chose qu’il soit”).